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Les Contes de l'Indicible (extrait)

Je vous propose une retranscription d'une vidéo que j'adore de Jean-Baptiste Ponsot issue de son livre  


Folle, cette révélation qu'il n'y a rien à faire

Qu'on est déjà la plénitude elle même

Qu'il n'y a que ça

Et que c'est justement en voulant la saisir qu'elle disparaît


Idée justement trop folle

Trop simple

Trop gratuite

Et surtout trop libre

Pour nos corps solides et méritants

Pour notre vieille raison superstitieuse

Terrorisée par la liberté

Pourtant elle est là, la liberté

Partout

Elle constitue tout

Elle est l'étoffe du monde

Mais nous ne voulons pas la voir

Sinon ce serait disparaître

C'est Elle ou Nous


Et nous nous sommes toujours préféré à la vie

A tout d'ailleurs

Pour être là

Pour qu'on nous regarde

Nous ne pouvons vivre que devant un miroir

Sinon où irions nous, que ferions, que dirions nous ?

Pourquoi monterions-nous l'échelle du devenir ?

Nous le savons depuis toujours qu'elle ne va nulle part


Et même si l'expérience nous a montré cent fois la grâce pleine de néant de nos achèvements

Même si nos rêves les plus profonds n'ont fait que creuser encore plus profondément le gouffre qu'ils étaient censés remplir

Même si plus de puissance ne signifiera jamais plus de vie

Nous voulons continuer à monter notre échelle imaginaire

Perpétuer l'histoire de notre histoire

La légende de notre déchirure

Ce creux fictif entre Nous et le Ciel

Nous sommes les anges déchus volontaires

Nous adorons jouer à ceux que le sort écrase, qui se relèvent

S'imaginer qu'un Dieu nous admire

Se maquiller pour lui

Tenir bon dans les feux de l'univers

Monter, monter encore et toujours

Et parfois s'arrêter sur nos barreaux le soir

Devant un profond coucher de soleil

Pour se rejouer le sacrifice

Pour se féliciter d'être encore là

Pour se trouver sublimes à plusieurs

Avant de repartir vers cet abattoir céleste

Qui n'existe pas

Et pourquoi pas d'ailleurs

Ce serait tomber dans la magie noire du langage

Que de penser qu'il y a mieux à faire


Seulement ce n'est pas nécessaire

Vous vouliez un message ?

En fait il n'y a pas

Il n'y a jamais eu

Et il n'y aura jamais de miroir

Il n'y a pas de juges, d'observateurs, de référents


La salle est vide


Pas vide de sens

Car le sens doit dire qu'il y a encore quelque chose

Un point, un espace, une distance, un échec possible

Non, non, la salle est vide parce qu'elle est pleine

Parce qu'il n'y a qu'absolu

Et que l'absolu n'est impossible qu'en rêve


C'est fini, vous avez déjà gagné

Il n'y a qu'en rêve que vous pouvez perdre, vous séparer, vous déprimer

Il n'y a qu'en rêve que vous êtes


Quoique vous fassiez, c'est l'absolu qui le fait ou plutôt c'est l'absolu faisant

Vous pleurez, c'est l'absolu pleurant

Vous aimez, c'est l'absolu aimant

Vous dansez, c'est l'absolu dansant

Vous doutez de ces paroles, c'est l'absolu doutant

Sachant cela, vous voulez continuer à poser devant les feux de l'univers ?

Sachant cela, c'est l'absolu continuant à poser devant les feux de l'univers


Il n'y pas d'issue

Il n'y a pas d'issue pas parce que vous êtes enfermé

Mais parce qu'il n'y a de fermeture qu'en rêve

Vous ne pouvez vous tromper qu'en rêve

Être coupable ou indigne qu'en rêve

Mourir même qu'en rêve

Vous n'avez pas besoin de vous efforcer ou de vous élever pour Être

Ou alors pour votre bon plaisir

Car vous vous efforcer qu'en rêve

Vous n'avez besoin d'être grand riche et calme qu'en rêve.

Ou alors gratuitement

Le grand n'est supérieur au petit, la richesse n'est meilleure que la misère, le calme n'est plus profond que l'effroi qu'en rêve


Vous n'avez pas besoin de comprendre, de savoir, de dire

Ou alors pour votre propre bonheur

Car chaque compréhension, chaque connaissance, chaque parole

N'est comprise connue ou prononcée qu'en rêve

C'est cela qui est magnifique

De voir que profondément Tout est déjà accompli

Tout est équanime, innocent, gratuit

Que la vie n'est pas dans cette présentation

Mais dans la vie elle même

Dans cette substance insaisissable, éternelle, innommable

Dont toutes choses sont faites

Avant même qu'elles ne soient des choses


Quant au sel de la vie, rassurez vous, il ne partira pas

Même s'il appartient au rêve

L'absolu ne rend pas impersonnel

Il ne frustre pas les goûts

Il n'émousse pas les émotions

Il ne dissout pas les préférences

Il les lave simplement de nos croyances à leur égard, des jugements de valeurs qu'on s'en fait, des prétentions dont on les couvre

Pour les ramener à l'innocence

Là on ne peut plus savoir ce qui est mieux

Même si on préfère, même si on combat dans cette zone gratuite

Ou les choses n'existent que par elle-mêmes, pour elle-mêmes, en elle-mêmes

Ou elles ne se regardent plus qu'en rêve

A jamais fondues dans l'éternel

C'est là qu'est la poésie, la vraie, celle que j'ai toujours pressenti

Non dans le sens des mots

Mais dans leur matière même, de la page, de l'encre, de la peau, de la voix, de l'espace

De toute chose

Dans ce non savoir qui rend toute chose à l'infini


La poésie est déjà là

L'absolu est déjà là

L'absolu n'est impossible

qu'en rêve

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